Histoire

Faites parler vos archives privées

Par ESTELLE LUCIEN le 16.10.2009 à 00:01

Une historienne propose un atelier pour valoriser cahiers d’écolier, livres de comptes ou lettres conservés au fil de la vie.

Café-boulangerie Excoffier en 1913. La photo, tirée de l’exposition «Lancy d’autrefois, retour sur images», représente trois générations de tenanciers: M. Marie Excoffier et Mme Clémence Déthiollaz-Fol, et la petite fille à ses côtés (avec le chapeau) qui est la fameuse Marie-Louise Déthiollaz, plus connue par le surnom de Zinette.
Image: LANCY D’AUTREFOIS

Avec une espérance de vie qui ne cesse d’augmenter, il n’est plus rare de voir aujourd’hui quatre générations cohabiter dans la même famille. «C’est la première fois dans l’histoire», relève Martine Ruchat, avec une petite arrière-pensée: profitons-en!

Cette historienne connue pour avoir travaillé sur le thème de l’éducation à Genève au XIXe siècle, et pour avoir défendu la conservation d’archives privées (lire ci-après), propose dès le 22 octobre un atelier intitulé Sur les traces de ma vie, sur les traces de l’histoire à la Compagnie des mots, à Carouge.

Ou comment raconter sa vie, celle de mémé, de tata Renée, de grand-papi Moustache, à partir de documents au demeurant anodins: livrets de famille, photos de classe, correspondance, livres de bébé, cahiers de cuisine, certificats de salaire et tant d’autres petits bouts de papier qui jalonnent une existence sur le fil de son quotidien le plus trivial?

L’individu aux prises avec le quotidien

«L’archive privée est de l’ordre de l’intime. Elle est conservée au sein du foyer, le plus souvent par les femmes, les mères en particulier. Elle matérialise l’individu aux prises avec le quotidien», explique Martine Ruchat. Au premier rang de cette mémoire familiale, on place les photographies, les correspondances et les journaux intimes.

A ceux-là les plus conservateurs ajoutent le menu de baptême du petit ­Marcel, le missel de la cousine Hortense, ou encore les pages du budget familial tenu avec soin et application par sa mère, jeune épouse qui s’est voulue exemplaire. Cette petite paperasse de la routine, amassée au jour le jour, forme comme des brisées qui ne demandent qu’à être complétées. C’est précisément ce que propose l’atelier de la Compagnie des Mots.

Le but est de sortir des valises, des cartons, des tiroirs, ces «bricoles» qui témoignent d’une vie ordinaire, pour enfin savoir pourquoi on les a gardés. «Pour raconter, pour transmettre et se libérer aussi», explique l’historienne qui s’est formée à la gérontagogie. «Le gérontagogue aide les personnes âgées à mieux vieillir», explique-t-elle. L’idée n’est pas forcément d’écrire sa biographie. «On peut envisager un témoignage enregistré ou une mise en ordre de ses archives, mais le but est de livrer un récit à partir des documents collectés. Ils constituent la preuve, l’image, le dessin, la trace matérielle de ce qui est raconté.

Trace de la vie populaire

Au-delà de la démarche personnelle, du souci ou du devoir de mémoire pour les siens et sa descendance, la mise en perspective des archives privées, est une démarche appelée à dépasser son premier cadre. «Ces documents sont les vestiges de la vie populaire», souligne l’historienne.

Elle-même s’est appuyée sur ces fragments pour bâtir Le roman de Solon, un livre retraçant la vie d’un petit délinquant du XIXe siècle à Genève.

Martine Ruchat rappelle comment des carnets de croquis d’une chapelière ou ceux d’un pâtissier deviennent des sources précieuses pour relater l’évolution des métiers. Le témoignage privé complète le document historique officiel. Il révèle l’envers et les profondeurs du décor, parfois la face cachée d’une chronique institutionnelle.

Mais surtout, l’archive privée matérialise l’empreinte humaine et nourrit le sentiment d’identification à une communauté, une famille, une histoire, la sienne, celle de l’humanité. «L’histoire universelle est celle d’un seul homme», écrivait Jorge Luis Borges.

? Plus d’infos sur: www.lacompagniedesmots.ch


«Ne jetez rien, donnez!»

«Lancy d’autrefois, retour sur images», cette exposition présentée jusqu’au dimanche 18 octobre, a été réalisée par l’Association Lancy d’autrefois, notamment grâce aux documents conservés dans les Archives de la Vie Privée. Cette dernière institution a vu le jour en 1994.

Elle a été créée par des historiens et historiennes genevois dans un élan européen de mise en valeur des documents de la vie privée en tant qu’élément du patrimoine culturel et social. «L’idée de départ était aussi de constituer une histoire des femmes, gardiennes du foyer et de ces archives privées», relève Martine Ruchat, ancienne présidente de l’association et toujours membre du comité.

L’institution genevoise établie rue de la Tannerie à Carouge, recueille tous les documents relatifs à la vie privée, quotidienne et familiale. Elle conserve par exemple, un cours de rhétorique de 1893, un livre de compte d’une petite entreprise en 1943.

Les archives sont classées par fonds et mises à disposition des chercheurs, historiens ou autres. Régulièrement, les documents sont mis en valeur au travers d’expositions, telle celle présentée aux Lancéens à la Grange Navazza et qui a retenu plus précisément les thématiques de l’école, des associations et des cafés-restaurants. C’est sur ce dernier sujet que ce soir dès 18?h?30, Isabelle Brunier, membre du comité des Archives de la Vie Privée, donnera une conférence.

?www.archivesdelavieprivée.ch et www.lancy-autrefois.populus.ch

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